Les mouvements de foule qui, le 11 octobre 2008, avaient présidé au lancement du Centquatre, rue d'Aubervilliers, n'avaient pas empêché la raréfaction progressive des visiteurs. Réparties du 2 au 6 mars pour juguler le trop-plein d'affluence, les journées marquant, près du carrefour Réaumur-Sébastopol, la réouverture du théâtre de la Gaîté lyrique, transformé en temple des cultures nouvelles et des arts numériques permettront à un public qui s'est précipité pour réserver ses invitations par Internet de découvrir les premiers concerts, projections, expositions ou installations interactives proposés dans ce lieu, devenu un des enjeux majeurs de la politique culturelle parisienne.
Le raout des officiels, lui, avait lieu mardi 1er mars. Avec quelques personnalités, comme Jean-Michel Jarre ou Philippe Djian. Mais sans discours du maire de Paris, Bertrand Delanoë, qui a annulé à la dernière minute. Curieux silence, compte tenu des 85 millions d'euros investis par la municipalité dans le projet. Le directeur de la Gaîté lyrique, Jérôme Delormas, 48 ans, expliquait que le maire lui avait confié que la modernité de l'endroit rendait désuet le cérémonial du discours.
Blancheur clinique
Force est de reconnaître que derrière la façade XIXe siècle, les 2 500 personnes de ce premier soir ont pu pressentir le potentiel d'une impressionnante boîte à outils. On déambule sur les cinq niveaux (sur sept) ouverts au public, en passant des escaliers colorés aux plateaux d'une blancheur presque clinique. Sons et lumières cheminent à vos côtés. Premier collectif d'artistes à scénographier l'endroit, les Britanniques d'UVA profitent des commandes individuelles des 700 points lumineux et des 320 haut-parleurs repartis dans les plafonds. Les qualités modulables des lieux ont permis l'installation de leur forêt de leds s'illuminant au rythme des mouvements et des sons, leur projection d'un mur de visages détournant la technologie de surveillance ou une performance interactive, dans la petite salle du niveau -1.
"Si les lieux d'exposition existent dans le monde pour les arts numériques, aucun, à ma connaissance, n'est aussi bien équipé ou conçu, s'enthousiasme Ben Kreukniet, un des membres de UVA. C'est une toile idéale sur laquelle créer des oeuvres."
La pépinière des artistes numériques sera-t-elle suffisante pour exploiter ce potentiel sans singer le Palais de la découverte ? "Plus que le lieu des arts numériques, la Gaîté veut explorer les créations à l'ère de la révolution numérique, précise Jérôme Delormas. Il s'agit d'une approche pluridisciplinaire, refusant de se contenter de l'interface souris-clavier pour privilégier une dimension humaine."
On croise d'autres résidents de la semaine. La compagnie I Could Never Be a Dancer chorégraphie un parcours à l'échelle du bâtiment, les danseurs retranscrivant les codes technologiques avec leur corps. Dans l'auditorium, la compagnie Rimini Protokoll, du Suisse Stefan Kaegi, mêle théâtre, panel de sondage, jeu vidéo dont les spectateurs sont les héros.
Destiné à la recherche et à l'étude, le premier étage abrite un "centre de ressources", équipé d'"éclaireuses", des modules mobiles qui se font bureau, bibliothèque ou poste multimédias. Dans le périmètre "jeux vidéo", six postes à grand écran blanc reconstituent pour l'instant une petite histoire des jeux de plate-forme (de Mario à Avatar).
Autant par conviction que par nécessité financière, les concerts tiendront une place centrale dans l'activité. Situé au deuxième étage, comme le magnifique foyer d'origine et ses luminaires futuristes, la "grande salle" de 750 places a déroulé huit écrans sur ses murs noirs à l'occasion du set du DJ Gilles Peterson. Ils pourront être jusqu'à 46 écrans pour entièrement immerger le spectateur dans les images. En espérant que les musiciens jouent le jeu de ces promesses visuelles.
Gaîté lyrique, 3 bis, rue Papin, Paris 3e. Tél. : 01-53-01-51-51. Soirées d'ouverture du 2 au 6 mars.
Article écrit par Stéphane Davet pour "Le Monde", dans l'édition du 03.03.11

Pour ma part, j'y vais le 9 avril, à l'occasion d'un concert. Mais je me disais qu'on aurait pu aller voir les expositions avec les parisiennes, dès qu'il y aura un peu moins de monde !
RépondreSupprimerJ'ai hâte de découvrir ce lieu.
Volontiers Mélanie! j'ai très envie d'y aller, on se redit ça!
RépondreSupprimer